Le MVP (Minimum Viable Produit) n’est pas la liste des exigences obligatoires.

En agile le périmètre est variable, du coup certaines équipes essaient de mesurer cette variabilité pour trouver la part de périmètre non variable. Le MVP ce n’est pas ça.

Bon du coup c’est quoi le MVP ?

Si on pose « bêtement » la question à son client « monsieur le client quel est ton MVP ? » il aura tendance à répondre « tout ! » ou alors « beaucoup ! ».

Evidemment.

Le client en veut pour son argent. Il se dit qu’en demandant beaucoup il sera content.

Toujours cette notion de quantité. On a peur de manquer je ne vois que ça. Pourtant la quantité c’est moins bien que la qualité. Si on analyse la langue française, on peut dire que « beaucoup » est moins bien que « bien » et « beaucoup trop » c’est moche.

Parfois j’observe un duel entre Scrum Master et Product Owner :

« Le MVP est estimé à 80 % du Product Backlog, c’est beaucoup trop ! (dit le Scrum Master inquiet par la faible variabilité du périmètre)

  • Ok je descends à 70% (répond le Product Owner qui ne veut pas tout perdre)
  • C’est encore trop ! » (le Scrum Master est désespéré, décidément le projet ne sera pas agile le Product Owner n’est pas gentil)

La définition de Jeff Patton est claire : le MVP c’est la solution minimale qui crée de l’impact.

Eric Ries, le fondateur du Lean startup dit que le MVP est la version du nouveau produit qui permet à l’équipe de collecter le maximum d’apprentissage validé auprès des clients avec le moins d’effort.

Conclusion : chaque incrément de sprint est un MVP, c’est un produit opérationnel qui créé déjà de l’impact et qui permet d’inspecter et d’adapter.

 

Le MVP est ce qui nous aide à sélectionner les bonnes histoires utilisateurs pour ce sprint.

  • Si l’incrément produit est juste minimum, alors le produit est pourri, on n’en veut pas.  Du coup les utilisateurs ne nous donneront aucun feedback constructif, même si « on n’en veut pas » est déjà un important feedback 🙂
  • Si l’incrément produit est uniquement viable, alors c’est que le client est riche, il a surement payé beaucoup et aurait pu économiser. Du coup de nombreuses fonctionnalités ne seront pas utilisées, c’est ce que l’on veut ?
  • Le MVP est minimum ET viable, c’est ce qui nous permet de voir les choses autrement.

Un exemple : dans ma jolie maison je veux construire un mur.

Solution 1 : je construis la première rangée de brique, puis la deuxième, puis la troisième, … à la fin j’ai le plus joli mur du quartier. En plus comme j’ai tout fait en une fois, j’ai tout pensé en une fois, j’ai surement économisé du temps à me reposer tout le temps la question de ce que je veux, je sais que je veux un mur.

Solution 2 : pourquoi je fais ce mur ? je réponds 3 fois à cette question

  • itération 1 : pour clôturer mon jardin
  • itération 2 : pour me cacher des voisins, en tant que maman je veux être dans mon jardin sans être vue des voisins afin de lire tranquille
  • itération 3 pour être protégée, en tant que maman je veux être dans mon jardin à l’abri du soleil afin de lire sans être gênée

La preuve en image.

Personnellement je préfère le mur de la solution 2 à celui de la solution 1.

J’y ai peut-être passé plus de temps de réflexion, il m’a (peut-être) coûté plus cher et ce n’est même pas sûr. Combien coûte le mur du fond dont je n’aurai finalement jamais besoin ? Le grillage de la première itération, je peux le revendre sur le bon coin et l’arbre de l’itération 3 est peut-être moins cher que de fabriquer le mur du fond de l’itération 2.

Il est évident que le mur de la solution 2 c’est celui que je veux, et en construisant celui de la solution 1 je ne m’en serais pas rendue compte.

Et si on allait plus loin avec le MMP ?

Roman Pichler en parle là : http://www.romanpichler.com/blog/minimum-viable-product-and-minimal-marketable-product/

Question : Quand doit-on arrêter un projet agile ?

Réponse : quand les sprints apportent moins de valeur

Plus précisément quand un MVP ne contribue plus au MMP (Minimum Marketable Product).

Les MVP ont permis d’apprendre suffisamment pour que le produit aille sur le marché, alors c’est le moment d’arrêter les sprints.

Le MMP est la somme de tous les MVP, chaque MVP a validé un impact auprès des utilisateurs. Le MMP est le minimum pour aller sur le marché. Ce MMP n’aurait pas été obtenu en figeant dès le début du projet 80% du besoin, l’inspection et l’adaptation de tous les MVP ont construit ce MMP. Grâce à chaque MVP, le produit a gagné en feedbacks et a permis de réduire le gaspillage des fonctions initialement dites obligatoires.

Arrêtez de figer le MVP, le MVP c’est ce qui permet de construire le bon produit.

 

Développeur, Chef de projet et surtout Scrum Master pendant plusieurs années. J’ai connu un avant et un après l’agilité 🙂
Je crois profondément que ce sont les personnes et les interactions qui font réussir les projets, que les personnes sont importantes et qu’elles veulent bien faire leur travail.
Aujourd’hui Coach agile, j’accompagne les projets et les organisations dans leur transformation agile.

Citations :
« Il est préférable d’être à peu près juste que précisément faux. » (John Maynard Keynes)
« Je sais pourquoi tant de gens aiment couper du bois. C’est une activité où l’on voit tout de suite le résultat. » (Albert Einstein)
« Aucun plan ne survit au premier contact avec l’ennemi » (Von Moltke)
« Soyez insatiable soyez fou » (Steeve Jobs)